1913-1914: Incidents et escalade

En Janvier 1913, élection à la Présidence de la République Française de Raymond Poincaré.

Le Président Poincaré

 

Après la défaite de 1870, et surtout à partir de 1880, la France a décidé de renforcer son emprise coloniale en Afrique, et particulièrement en Algérie et au Maroc, territoires dont elle partage la domination avec l'Espagne. Mais l'Allemagne de Guillaume II louche aussi sur la domination de la région, depuis la Tunisie. La France ne va réussir à garder la mainmise que grace aux premiers développement de son avaition militaire, qui en est à ses balbutiements.

Dès lors, la France et l'Allemagne vont se livrer à une course aux progrès dans les airs, avec toutes sortes d'aéronefs: aéroplanes, dirigeables, cerfs-volants et aérostats (Montgolfières). Hors, du ciel, les frontières sont nettement plus "floues" qu'au sol, et bien évidemment, cela donne lieu à quelques incidents: en début d'année (on ne connait pas la date exacte), un avion français devant rallier Belfort se perd dans le brouillard et atterrit en Suisse, d'où il sera contraint de repartir démonté et transporté par le train (le pays étant alors sous contrôle allemand, la presse fera souvent l'erreur de situer l'atterrissage en Allemagne); le 3 avril 1913, c'est un Zeppelin (du nom de son inventeur, le Conte Von Zeppelin) qui se pose à Lunéville, puis le 22 avril, c'est un avion allemand qui se pose à Arracourt.

Le Zeppelin à Lunéville

Le Zeppelin à LunévilleLe Zeppelin à Lunéville

Voici ce que la presse de l'époque relate au sujet de ces incidents.

LE MATIN :

Il y a dans la vie des aviateurs, des coïncidences bien étranges:
Il y a quelques mois deux officiers français, l'un pilote, l'autre passager, d'un monoplan militaire, atterrissaient accidentellement en Allemagne, à quelques mètres de la frontière.
Conformément aux instructions du gouvernement allemand, différents fonctionnaires vinrent visiter l'appareil, interroger le pilote et s'assurer qu'au cours du voyage il n'avait non plus que son passager cherché à se livrer à des observations visant la défense nationale allemande...
Or voici que les hasards de la navigation aérienne amènent en France un biplan militaire allemand.
Il a atterri ce matin à 7 heures 30 à Arracourt à quelques kilomètres des poteaux allemands. Sa venue n'a donné lieu à aucun incident. Il ne s'agit comme pour le Zeppelin que d'un atterrissage accidentel, provoqué d'abord par une erreur de direction, par un manque d'essence ensuite.
Mais contrairement à ce qui a eu lieu en Allemagne pour le monoplan français, le biplan allemand a été autorisé à repartir par la voie des airs.

Curieuse coïncidence

Le piquant de l'affaire, c'est que le pilote du biplan allemand n'est autre que le Capitaine Henri Von Wall, chef de la station de Dramstadt.
C'est ce même officier qui il y a quelques mois encore, attaché alors à la station de Metz avait été délégué pour examiner le monoplan français dont nous rappelons plus haut l'atterrissage à la frontière allemande.

L'EST REPUBLICAIN :

Ce matin, vers sept heures et demi, dans la cour de son habitation, Monsieur Maire, maire d'Arracourt, s'apprétait à partir pour Lunéville. Soudain, il entendit le bruit d'un moteur:
- Tiens, se dit-il, un dirigeable ou un aéroplane ?
Et, instinctivement, ayant regardé en l'air, il aperçut une tache blanche volant au-dessus du château de Monsieur Briot, situé à l'extrémité d'Arracourt, au-delà du poste de la douane française. Bientôt, le bruit du moteur cessa: la tache blanche descendait vers le sol, rasant les arbres. Des branches d'un peuplier frôlées par l'appareil cassèrent avec un bruit sec et l'aéroplane se posa doucement sur le sol. Il avait atterri dans un champ, en bordure du mur de clôture de Monsieur Briot, à droite de la route conduisant à la frontière.

Vous êtes en France

Plus alerte, plus vive que son père, Mademoiselle Germaine Maire, s'était précipitée. Deux officiers allemands en tenue descendirent de l'appareil. En allemand, ils interrogèrent la jeune fille.
- Je ne comprend pas votre langue, répondit-elle
Alors en français, l'un des officiers reprit:
- Où somes-nous ?
- En France, à Arracourt
- Ah! Bon DIeu! Dit un des officiers en levant les bras, dans un geste de stupéfaction.
Monsieur Maire, qui arrivait alors, intervint. Il déclina sa qualité. Courtoisement, les officiers s'inclinèrent; ils paraissaient ignorer Arracourt. Sur leur carte, Monsieur Maire leur montra la localité.
Un des officiers expliqua:
- Nous venons de Darmstadt et nous allons à Metz. Nous sommes perdus !
- Comment perdus ? Dit Monsieur Maire, mais il n'y a ni brouillard, ni vent.
Celui des deux militaires qui paraissait être le chef répondit:
- Nous avons voyagé en grande hauteur. Nous avons atterri, parce que nous n'avions plus d'essence.
Ce dialogue n'avait duré que quelques secondes, mais déjà tout le village accourait: douaniers, gendarmes, habitants.

COMMUNIQUE DU MINISTRE DE L'INTERIEUR :

Ce matin à sept heures et demie a atterri près d'Arracourt, à environ cinq kilomètres de la frontière, un biplan allemand. Cet appareil de modèle Euler, avec un moteur de 70 chevaux, était monté par deux officiers en tenue: un capitaine aviateur et un lieutenant d'infanterie.
Ils avaient survolé le territoire français pendant environ six kilomètres.
Les officiers ont déclaré être partis de Darmstadt, à destination de Metz, vers cinq heures du matin, avoir perdu leur destination dans la brume aux environs de Dieuze et n'avoir reconnu être en territoire français qu'après avoir atterri et interrogé les habitants.
Le Sous-Préfet de Lunéville a vérifié l'itinéraire suivi par l'aéroplane et interrogé les officiers qui le montaient.
Trois officiers aviateurs des centres de Toul, Epinal, Verdun, et un capitaine aviateur de Nancy ont été envoyés sur les lieux par l'autorité militaire.
Les autorités civiles et militaires sont d'accord pour reconnaitre que l'atterrissage est du à un cas de force majeure.
Les résultats de l'enquête actuellement acquis laissent croire que le biplan pourra reprendre son vol cet après-midi.
Des instructions ont été envoyées à notre ambassadeur à Berlin pour l'inviter à appeler toute l'attention du gouvernement impérial sur la répétition d'atterrissage de ballons et d'avions allemands en France, près de la frontière et sur les inconvénients sérieux qui pourraient résulter de ces regrettables incidents.
Monsieur Cambon a été chargé de demander à la chancellerie allemande de faire prendre des mesures pour éviter le retour de ces faits. Des pourparlers sont d'ailleurs engagés entre les deux gouvernements pour arriver aussi promptement que possible à un accord qui précise les règles à appliquer dans les difficultés pouvant surgir entre eux à propos de l'aéronautique.

Dans la soirée, un second communiqué disait:

Le gouvernement a été avisé qu'à la suite de l'enquête ouverte par les autorités civiles et militaires, il avait été reconnu que des officiers allemands avaient été contraints d'atterrir avec leur biplan pour des raisons de force majeure.
Dans ces conditions, l'autorisation de repartir a été donnée aux aviateurs, qui ont quitté Arracourt à cinq heures par la voie des airs.
Avant leur départ, les officiers allemands ont tenu à remercier le Sous-Préfet de Lunéville de sa courtoisie et des mesures prises pour protéger leur appareil.
Le biplan a repris son vol sans qu'aucune manifestation se soit produite dans la foule cependant très nombreuse.

Ces lignes traduisent bien, à plusieurs moments, la tension qui existait entre les deux "camps": la rancune de certains, de voir que l'avion français n'avait pas été autorisé à repartir par les airs, à l'inverse de l'avion allemand, la crainte des allemands de voir en représaille leur appareil endomagé par la population française, et l'agacement des autorités françaises devant la répétition de ces "incidents".

Toute cette tension ne fera que s'accroître jusqu'à l'entrée en guerre un an plus tard.

En attendant, pour ne pas prendre de retard sur les "boches", on continue à moderniser les campagnes, en électrifiant les villages, en généralisant l'éclairage public et en étendant le réseau téléphonique; on commence aussi des préparatifs, en construisant des abris dans les bois, en bordure de frontière (les civils n'hésitant d'ailleurs pas à apporter leur aide dans la fabrication).

LA VIE EN 1913 :

Arracourt 1913, centre du village Arracourt 1913, haut du village

Arracourt 1913, centre du village Athienville 1913, près de l'église

Athienville 1913, bas du village Réchicourt 1913

Le château de Juvrecourt

CONSTRUCTION DES ABRIS :

Forêt de Bezange Forêt de Bezange

Forêt de Parroy Forêt de Moncel

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