Journal du soldat Husson

Le soldat Henri Husson est un enfant de Blainville-sur-l'eau. Engagé au 146ème Régiment d'Infanterie, il part de Toul pour la guerre le 31 juillet 1914. Il nous relate dans son journal de marche, de quelle manière il a vécu son passage dans la région d'Arracourt, avant d'aller se battre le 21 septembre 1914 dans le Nord de la France.

Dans un second extrait, nous retrouvons la suite de son journal de marche, à son retour dans notre région le 1er octobre 1916.

Le 31 juillet à une heure du matin nous avons alerte N°1, sans sonnerie. Défense absolue d'avoir de la lumière, même avec une bougie; des zeppelins sont signalés près de la frontière.
A la hâte nous nous habillons, nous équipons, touchons vivres, cartouches, tabac, paquet de pansements, descendons dans la cour, formons les faisceaux avec les fusils pendant que le régiment se rassemble et en attendant le Colonel Bérot commandant le régiment.
Il fait à peine jour quand le Colonel nous présente le drapeau; il nous fait comprendre que nous partons pour la frontière, sans que ce soit la guerre; nous travaillerons à faire des tranchées et si vraiment c’est pour de bon, il compte sur nous.
Il est trois heures: les clairons du 1er bataillon ouvrent la marche et nous quittons la caserne, chacun regardant encore une fois la fenêtre de sa chambre.
Pendant la marche chacun raconte son histoire; les Allemands n’oseront pas, ils savent bien qu’il faut au moins deux de chez eux contre un de chez nous; et à la baïonnette, ils sont fichus.
Ce sont des histoires toutes plus abracadabrantes les unes que les autres, qui se répandent tout au long de la route.
La première pause se fait sur la route de Chaudeney, pour laisser passer le 153 formant brigade avec nous.
Beaucoup de personnes de Toul viennent voir parents ou des amis.
Nous prenons la route de Nancy, passons Dommartin, la poste de Velaine, et faisons la pause. Nous sommes bien contents d’avoir de l’eau, il fait très chaud.
Voici les Barraques, et vers neuf heures, nous apercevons Nancy. Pour ma part, il faut déjà que je change de chaussettes, j’ai les ribouis en ébullition; nous descendons l’avenue de Boufflers où des femmes, des enfants pleurent et nous donnent à boire, toute la traversée de la ville, ce sera ainsi. Que de fois je me rappellerai que Nancy fut le lieu où nous fûmes le mieux accueillis !
Nous passons devant le 37ème, le 19ème et le 8ème d’Artillerie où nous voyons canons et fusils alignés dans les cours des casernes. La garnison n’est pas encore partie.
Dans la rue Blandan nous avons encore à boire, café, bière ou grenadine; la chaleur est de plus en plus forte. Nous traversons Jarville et Arts-sur-Meurthe où nous faisons la grande halte: rata, café; c’est déjà avec bien du mal que l’on peut avoir un litre de bière.
A trois heures nous repartons en suivant la Meurthe, le sac et les cent vingt cartouches pèsent énormément.
Nous apprenons que nous allons jusqu’à Varangéville.
Sur la grande route passe le 4ème d’Artillerie lourde de Nancy.
Nous arrivons à Varangéville à six heures du soir, fatigués à l’extrême et tués par la chaleur, cela nous fait près de quarante-cinq kilomètres.
Ici la mobilisation partielle bat son plein. Dans les cafés, dans les rues, ce n’est que Marseillaise.
Nous sommes en cantonnement d’alerte, la section couche dans un grenier. Pour les classes 1912 et 1913 c’est tout nouveau, c’est la première fois que nous cantonnons. Je ne trouve pas la paille trop dure, je m’endors très facilement et pour la première nuit je n’ai pas le temps de penser à la guerre.

Le lendemain, premier août, réveil à quatre heures; nous touchons pelles et pioches et l'on nous dirige sur une hauteur à deux kilomètres de Varangéville appelée Rambetton.
Des travaux sont commencés pour la construction d'un fort; pendant cinq jours nous ferons tout autour plusieurs lignes de tranchées, toujours sous une chaleur torride.
Je suis planton auprès du Commandant du bataillon; à dix heures, l'on m'envoie signaler un aéroplane présumé Allemand, passant à très haute altitude.
A quatre heures du soir nous entendons sonner la mobilisation générale à Varangéville, pendant que nous travaillons aux tranchées. A côté de nous, des artilleurs du 4ème Lourd installent des canons de 120 mm, tout pavoisés de petits drapeaux et de fleurs.
Nous redescendons le soir au même cantonnement. Toute la nuit, passent des troupes à cheval.

Le 2 nous sommes au même travail, avec le 4ème Bataillon de Chasseurs à pied. La nuit nous couchons sur les positions; dans la journée nous avions fait de petits abris en paille.
Je couche dans une cantine des ouvriers travaillant ici avant la mobilisation.
Nous trouvons le temps long d'aller sur la frontière, mais les ordres nous tiennent à dix kilomètres.

Le 4 nous apprenons que l’Allemagne nous déclare la guerre, prétendant que des patrouilles Françaises sont entrées chez eux et qu'un avion est allé jeter des bombes près de Nuremberg.
Tout est absolument faux.
Nous sommes tous heureux, tous les soldats chantent. Enfin, nous allons voir les Prussiens !

Le 5 je suis en observation en haut d'un transbordeur des Salines pour avertir le Commandant du passage des troupes sur la route.

Enfin le 6 au matin nous quittons le Rambettan et tous, tout joyeux, nous partons pour la frontière. Nous passons dans Haraucourt, nous faisons une marche sous bois et arrivons à sept heures du soir à Hoéville, tous très fatigués, mais content quand même.
Dans le pays, déjà plus de vin ni de bière. Avant nous sont passés les Chasseurs et la Cavalerie de Lunéville.

Vendredi 7 août 1914, les cabines téléphoniques de Juvrecourt, Bures, Bézange, reçoivent la visite de l'ennemi. Les plantons de service, sont obligés d'abandonner leur poste. Les appareils sont détruits. Seul le bureau de poste d’Arracourt continue de fonctionner.
Les Dragons de Lunéville, sondent la région. Ils excursionnent jusqu'à Vic et Moyenvic. Ils brisent les poteaux frontières et les emportent comme trophée.
Tandis qu’Arracourt regorge de fourrage et de bétail, ils réquisitionnent sur les bords de la Seille.
Le 2ème bataillon de Chasseurs à pied, soutenu par une batterie du 8ème d'Artillerie, placée à l'entrée sud du village près de la maison Gillet, préserve le convoi.
Nos Artilleurs voulant répondre aux Allemands qui canonnent le convoi, laissent tomber leurs obus sur nos Chasseurs, en tuant trois et en blessant un certain nombre. Ces derniers sont transportés par ambulance à Lunéville.

Jusqu'au 12 nous battons les bais et les routes aux environs de Serres, Senoncourt, Cercueil, Velaine, Amance, Erbéviller, Rémérévïlle et Sornéville.
Le plus souvent nous couchons sur la dure et avons à peine le temps de faire à manger. Le jour sous le soleil, la nuit sans savoir où l'on va, sans bruit et sans fumer.

Le 13 la compagnie passe la nuit dans les bois de Bezange; le soir nous subissons un très fort orage; chacun ou plusieurs ensemble avaient bâti des petites baraques avec des branches et des feuilles.
C'est le 13 août que j'entends la première balle allemande siffler à mes oreilles, alors que je vais porter un ordre au Commandant.

Le 14, le bataillon redescend dormir à Bézange où nous arrivons à dix heures du soir. Réveil le lendemain à deux heures et reprenons les mêmes positions que la veille.

Le 15, dans l'après-midi, un avion Allemand passe au-dessus de nous à moins de 500 mètres. Une batterie, à côté, tire sur lui sans le toucher. Le canon tonne très fort sur notre droite. Sur le soir, nous voyons pour la première fois les obus allemands éclater à deux ou trois cents mètres de notre position. Ils éclatent tous très haut. De là, nous pouvons voir à la jumelle, les Allemands travailler à des tranchées sur les hauteurs de Château-Salins.

Le 16, nous avons une alerte à deux heures du matin, mais rien ne se produit.
Le bataillon avait passé la frontière le 15 (Route de Nancy à Château—Salins).

Le 17, nous passons près de Vic-sur-Seille et couchons à la ferme du Méridien.
Le canon tonne très fort sur le soir, toujours sur notre droite.

Le 18, nous passons en vue de Château-Salins et nous cantonnons à Coutures. Les habitants ne disent absolument rien, ou plutôt ont peur du retour des Prussiens.
Avant Château-Salins, nous avons pu voir les tranchées que l'ennemi a faites et abandonnées. Des gens nous disent qu'il avait réquisitionné tous les hommes pouvant tenir une pelle.

Le 19 nous quittons Coutures de très grand matin; une patrouille de Uhlans nous arrête sur la route de Château-Salins à Metz.
A Laneuville, nous essuyons des coups de fusils tirés des maisons; nous nous déployons et cernons le village mais pour n'apercevoir que des cavaliers qui se sauvent. L’après-midi nous trouvons sur notre chemin des chevaux tués et des lances; ça sent déjà mauvais.
A un pays dont je me rappelle plus le nom, nous barricadons toutes les issues. De la cavalerie nous est signalée.
Pour arriver à Frémery, village où nous cantonnerons, nous passons dans les près couverts d'eau: les Prussiens ont levé les écluses de drainage.
A Frémery, comme dans tous les pays que nous occupons, le garde de l'endroit bat le tambour pour avertir les habitants que nous ne leur ferons aucun mal et qu'en même temps nous réprimerons sévèrement tous les actes hostiles aux Français.
Nous pouvons voir collés aux murs l'ordre de mobilisation des Allemands, écrit en Français et en Allemand, et l'avis des peines que subiraient les habitants qui couperaient les fils téléphoniques ou détruiraient un ouvrage militaire.
Les habitants nous racontent que quelques heures avant notre arrivée, des Officiers Allemands sont montés sur les fontaines et ont harangué leurs soldats.
Les petits Lorrains nous appellent "Rouge Culottes“ et en nous montrant les côtes de Delme nous disent que les Allemands nous attendent là-haut.
Le soir nous nous couchons dans les granges, toujours en nous demandant quand nous verrons les casques à pointe.

20 août, Réveil avant le jour, café et préparatifs de départ.
A quinze cents mètres du village se trouve un bois. Le premier bataillon est aux avant-postes, mais pas dans ce bois.
Au jour, nous entendons quelques coups de fusils, venant du bois; à cinq heures la fusillade devient assez vive, la 6ème Compagnie est "garde au Drapeau" et ainsi nous prenons position le long du cimetière en laissant la première section dans le village.
Les obus allemands commencent à tomber sur une ferme à quatre cents mètres du pays; nous rions après eux qui ne placent que deux obus sur au moins deux cents qu'ils tirent.
A six heures deux aéroplanes passent au-dessus de nous; quelques temps après nous recevons les premiers obus près du cimetière.
L’artillerie fait alors de plus en plus rage; nous avons bien derrière nous trois batteries du 39ème, mais à peine en position il faut changer de lieu et elles ne peuvent répondre aux nombreuses batteries allemandes.
La fusillade est terrible de tous les côtés; bientôt arrivent nombreux les blessés.
Le Commandant nous fait mettre la baïonnette au canon et fait emmener le drapeau par un caporal.
Les premier et le troisième Bataillons sont enfoncés.
La 6ème Compagnie se déploie en tirailleurs à gauche du pays. Nous apercevons les casques à pointe à quatre cents mètres, qui arrivent en courant et en tirant.
Notre feu est assez violent, mais l'artillerie nous fait beaucoup de mal. Le cimetière est pris; nous voyons l'ennemi sur nous avec quatre lignes de tirailleurs et en ligne de section par quatre derrière une tombe, un autre se remet à la place du précédent.
Il faut se replier; à quatre pattes dans les avoines nous passons la crête; les balles sifflent de tous côtés et sur nous leur artillerie fait rage.
Le lieutenant Humbert, l'un des premiers, tombe en criant “Vive l’Alsace-Lorraine"; il est tué.
Le Colonel est également tué.
Le Général Virbel est blessé.
Tous nos blessés restent sur le terrain et cela fait peine de les entendre crier pour que nous les emportions; c'est impossible, nous sommes presque cernés.
Nous retraversons Oron où les obus tombent sans arrêt; sans égard pour tous les habitants qui y demeurent.
Il fait très chaud; le terrain est constitué de près entourés de fils de ronce; nombreux sont ceux qui n'en peuvent plus et laissent leur sac.
Après Oron nous rencontrons un bataillon de Coloniaux qui va nous soutenir, mais c'est peine inutile, leur sort est comme le nôtre.
Nous repassons un ruisseau avec de l'eau jusqu'au ventre; de tous côtés errent des blessés ou des soldats isolés. Pourtant nos pièces de 75 crachent la mitraille à deux cents mètres sur les casques à pointe qui avancent toujours; c’est le désarroi complet; les obus tombent au milieu des chevaux qui vont chercher des pièces ou des caissons de ravitaillement en obus; et toujours nous avons au-dessus de nous plusieurs avions allemands.
A midi nous entrons sous bois et reformons le régiment, à peine nous nous retrouvons quatre cents; des compagnies du Premier Bataillon sont revenues à dix ou douze hommes.
A quatre heures nous traversons le bois par la route de Château-Salins, avec les débris du Régiment Colonial qui était avec nous. De tous côtés l’artillerie fait rage, et sans dire mot, marchant comme un troupeau, nous descendons les côtes vers Château-Salins. La veille, le 153ème y était entré musique en tête.
Le Régiment s'arrête à la ferme de la Marchande, le restant de la section garde la route en avant avec un peloton du 5ème Hussard.
Sur le soir, nous repassons Coutures et allons faire des tranchées dans les vignes, mais quel courage avons-nous à travailler ?
Nous mangeons des biscuits, du singe, des ails et des échalotes trouvés sur place.
Les moustiques sont très méchants par suite de la proximité des étangs de la région; les mains et la figure en sont enflées.
A dix heures nouvel ordre de repli, le 10ème Génie allume de grands feux derrière nous pour détourner les Allemands.
Le Régiment marche sans bruit (défense absolue de fumer), flanqué par des cavaliers sabre au clair qui nous gardent contre toute surprise. La marche est très lente, à chaque arrêt, tout le monde se couche sur la route et en moins de cinq minutes nous dormons tous. Les rares chefs qui restent ont bien du mal à nous réveiller et à nous faire repartir, quelquefois pour dix mètres seulement.

21 août, à une heure du matin nous repassons la Seille; le Génie prépare la mine et fera sauter le pont après notre passage, nous sommes le dernier régiment.
Nous bivouaquons au-dessus de Moncel-sur-Seille en plein champs.
Il est trois heures du matin, nous formons les faisceaux, prenons notre sac comme oreiller et quelques minutes après nous dormons près de notre fusil. Une heure après, un soldat crie en rêvant : "Aux armes! Voilà les Uhlans!". Nous sautons tous sur notre fusil, prêts à faire feu; à ce moment nous reconnaissons que c'est la musique qui rentre.
A cinq heures nous faisons des tranchées au bord du bois.
Bientôt apparaissent les premiers éclaireurs Allemands. Mais aux premiers coups de feu ils disparaissent.
Une boite de singe pour deux et deux biscuits, voilà notre repas de dix heures.
A deux heures de l'après-midi, nouvel ordre de repli, nous passons Moncel où les femmes pleurent en nous voyant partir.
Nous barricadons les routes: c'est la 6ème Compagnie qui est arrière-garde; très souvent il faut se retourner et faire feu sur les cavaliers qui nous arrivent.
A quatre heures nous sommes derrière une grosse colline ou bientôt nous recevons des obus; encore repli jusqu'à Erbéviller où nous restons jusqu'à la nuit.
Nous repassons Réméréville et arrivons à Lenoncourt à trois heures du matin.
C'est le rassemblement de toute la division.
La division coloniale est déjà là.
Chacun se couche où il y a de la place, la plupart dans la rue.
Au matin on fait le jus et la soupe, je crois que je ne l'ai jamais trouvée aussi bonne.
A dix heures, départ, passons Arts-sur-Meurthe, Laneuville, où de nombreux habitants de Nancy sont venus voir des connaissances qui, trop souvent, ne sont plus là.
Sur la grande route de Paris à Strasbourg passe beaucoup d'artillerie et l'on ne parle de la défaite de Morhange qu'en disant que c'était pour attirer les Allemands dans un piège.
Le soir le régiment est à Fléville où il reçoit quelques renforts. Nous y couchons la nuit du 22 au 23 et celle du 23 au 24.

Par le vaguemestre nous avons des lettres, nous sommes heureux, on croit même que d'autres troupes nous ont remplacés et que peut-être nous ne nous rebattrons plus de la guerre.
Dans l'après-midi du dimanche 23 août, beaucoup de gens de Dombasle passent avec des enfants sur les bras, traînant des charrettes de linge, et se sauvent devant les Prussiens, nous disent-t’ils.
J'apprends également que les deux ponts de Blainville ont sauté dans la nuit.

Le 24 à six heures du matin nous nous déployons en colonnes et avançons sur Saint-Nicolas, nous passons la Meurthe sur un pont de bateaux, traversons la ligne de chemin-de-fer, le canal et montons vers Haraucourt, par les vergers.
Les gros noirs tombent un peu partout, notre artillerie se met en position dans les ravins.
Nous apercevons quelques patrouilles de Uhlans, mais pas de fantassins.
A la nuit, la section est aux avant-postes en avant d'Haraucourt. Il reste encore des civils dans le pays. Ils nous montrent leurs caves que les Prussiens ont vidées, la veille.
La nuit se passe assez tranquillement. J'en profite pour aller chercher poires et pommes dans les jardins.
Dans la soirée, la 70ème division, composée en majeure partie de réservistes Lorrains, enlèvent une partie d’Erbéviller, Réméréville, Courbesseaux, rejetant vigoureusement les Allemands sur le bois de Faulx et sur les hauteurs de Serres. Nos lignes allaient du bois Morel à Hoéville.

Le 25 au matin, nous avançons sur Gellenoncourt, les marmites tombent sur le pays, le bataillon est soutien d'artillerie, la fusillade est très vive sur le front de la Division.
L'ennemi attaque; à la hâte nous faisons des petites tranchées avec nos outils portatifs.
D'où nous sommes nous apercevons très bien la lisière du bois d'où les Prussiens veulent sortir.
Notre 75 fait du beau travail dans leurs rangs de quatre.
Dans l’après-midi la bataille bat son plein, bientôt les nôtres ne peuvent plus être ravitaillés en cartouches. A côté de nous les caissons de munitions sautent, touchés par des obus boches.
Nous voyons le 156 et le 160 charger à la baïonnette sur l'ennemi qui s'avance en hurlant.
Nos deux bataillons tiennent le coup et font une hécatombe de boches avec les mitrailleuses.
A la nuit nous nous serrons un peu à droite et sommes dans les bois de Crévic.
Ce ne sont partout que morts des deux camps.
Des sections entières, en tirailleurs, ont été fauchées par les mitrailleuses. Nous passons la nuit couchés près des cadavres.

Au jour le spectacle est encore plus terrible, des Français et des Boches sont enfilés de leur baïonnette.
Un Français est mort ayant un crayon et du papier pour écrire son dernier adieu. Un peu plus loin, c'en est un autre qui a fixé à un arbre par sa baïonnette un bout de papier avec l'adresse de sa famille, et de tous côtés, des blessés râlent...
Au petit matin, les Allemands ont cédé leurs positions, nous restons sur place mais sommes énormément marmités.
Nous faisons des tranchées, déplaçons des cadavres et en creusant, à cinquante centimètres, trouvons toujours du sang.
Le soir, nous quittons les positions et allons à Crévic.
Tout est incendié, à peine s'il reste quelques maisons sur tout le village, les décombres fument et sentent la chair brûlée des bêtes qui ont péri dans les flammes.
Devant l'école où nous passons, plusieurs blessés boches, en traitement, gémissent.

Jeudi 27 août 1914, au jour nous quittons Crévic et montons à la côte 316. Ici ça a été aussi terrible, partout culottes rouges et boches sur le terrain, canons caissons et beaucoup de matériel boche sont pêle-mêle.
Il fait très chaud et la fièvre de toutes ces fatigues nous donne une très grande soif et chacun puise avec son quart dans les trous d'obus, sans même regarder s'il y a un cadavre.
Au-dessus de la côte est un gros trou de marmite rempli d'eau, avec un Boche au milieu dont seule la tête dépasse. Toute la Compagnie a bu à ce creux, tellement nous avons soif devant la tentation de cette eau.
L’artillerie bat continuellement la côte 316.
Rien à manger, rien à boire, des cadavres partout que la chaleur commence à décomposer.
Beaucoup mettent leur mouchoir sur la bouche pour pouvoir respirer.
Nous faisons des tranchées pour nous protéger du bombardement, et c'est une torture de rester des heures entières à genoux, ou pliés en deux, au fond de son trou.
La nuit le bombardement cesse.
Nous enterrons les morts ou faisons des patrouilles, et bien souvent c'est avec une autre patrouille de chez nous que nous engageons le combat.

Lundi 31 août 1914, nous couchons à Sommerviller où nous sommes bombardés toute la nuit; à peine dormons-nous quelques heures.


 Soldat Henri HUSSON, enfant de Blainville-sur-l'Eau


De Bézier nous partons le 29 octobre 1916.
A vingt deux heures, nous arrivons à la gare avec tambours et clairons.
Le train part à minuit. Nîmes, Tarascon, Valence, Montélimar, Lyon, Dijon, Gray, où nous restons toute la journée du 30 octobre.
Nous quittons Gray dans la nuit, passons Epinal, Blainville à quatre heures du matin, et nous débarquons à Azeraille le premier novembre à huit heures du matin.
Nous faisons le café et partons à Vathiménil où est le dépôt de la 73ème Division.
Je suis affecté à la 16ème compagnie.
Je reste au dépôt jusqu'au 2 novembre .
Tous les jours, la compagnie va à l'exercice.

Départ le 2 novembre au matin, pour rejoindre le régiment qui se trouve en ligne.
Nous passons à Mignévilîe, au P.C du Lieutenant-Colonel Duries, Commandant le Régiment.
Je suis affecté à la 13ème Compagnie qui est au repos au château d’Herbéviller.

Le 4 novembre 1916, je passe la visite médicale à Mignéville. Je suis à la 3ème section: Sous-Lieutenant Daupleix; la compagnie est commandée par le Capitaine Mirascou.

Le 6 novembre 1916, au matin, départ pour les tranchées au bois Barral, poste 18.
Devant nous est le village de Domèvre qui est occupé par les Boches.
Je suis avec une demi-section à la lisière du bois. Le secteur est très tranquille, rarement troublé par quelques coups de canons et presque jamais de coups de fusils. Par contre nous fournissons beaucoup de travail, creusons des tranchées, aménageons des abris etc....
Les hommes prennent huit heures de garde par nuit.

Le 8 novembre 1916, je vais, avec le Sous-Lieutenant reconnaître les chicanes faites, ou à faires, en avant de nos réseaux de fils—de-fer.

Le 10 novembre 1916, nous sortons (la demi-section) pour dresser une embuscade en avant de nos réseaux.
Nous restons immobiles, à plat-ventre, de dix heures du soir à trois heures du matin, sans résultat.
Nous rentrons couverts de givre et frigorifiés.

Le 11 novembre 1916, il y a un brouillard très épais et une forte gelée. Nous en profitons pour poser des piquets de réseaux et du fil-de-fer.

Le 12 novembre 1916, à trois heures du matin, je prends position avec la 3ème section, dans la tranchée J2.

Le 13 novembre 1916, le temps est très sec et calme.
Nous entendons très nettement un concert organisé par les boches, de la direction de Domèvre. Plusieurs morceaux de musique sont bien connus chez nous.

Jusqu'au 17, rien d'extraordinaire; pas d'obus. Travaux jour et nuit, entre les lignes ou dans la tranchée.

Le 18 novembre 1916, relève par la 14 ème compagnie à 8 heures. Il neige pour notre retour à Herbéviller.
Six jours de repos avec permission d'aller à Ogéviller.
Nous faisons quelques sorties pour faire faire de la tarte chez le boulanger-bistrot, tarte que nous trouvons très bonne.

Le 26 novembre 1916, départ pour les tranchées à sept heures.
Section de réserve à BR - BB. Toujours des travaux de renforcement de la tranchée le jour et de pose de fils-de-fer, la nuit.

Le 27 novembre 1916, corvée de caillebotis pour les premières lignes.

Le 28 novembre 1916, confection des chevaux de frise, oursins et pose l’après-midi dans un boyau d'écoulement.

Le 29 novembre 1916, je suis de jour à la compagnie.

Le 30 novembre 1916, en position à H0, H1, H2.
Aménagement de défenses accessoires. Ronde de minuit à 3 heures.

Le 1er décembre 1916, travaux habituels; ronde de minuit à deux heures. Cris paraissant être des renards, entre nos réseaux.

Le 2 décembre 1916, réfection des caillebotis. Le soir, travaux entre les lignes. Le temps est très noir.
A minuit, alerte à la section de droite (la deuxième).
Une douzaine de grenades, des coups de fusils, du bruit dans les fils-de-fer.
Aucun coup de feu du côté boche.

Le 3 décembre 1916, les boches envoient quatorze obus de 150 en direction de nos batteries.
Nous faisons une ronde de 19 à Z2 heures.
Des chats se battant dans nos réseaux, fichent la frousse à un petit poste qui déclenche une fusillade.

Le 4 et 5 décembre 1916, j'ai un formidable rhume.
L'abri est presque sous l'eau.

Le 6 décembre 1916, relève à 8 heures. La neige fond et il fait très mauvais marcher. Château d'Herbéviller.

Le 7 décembre 1916, nettoyage des armes. Revue l'après-midi.

Le 8 décembre 1916, exercice au Railleux. Nouvelle formation de la section d'assaut.

Le 9 décembre 1916, repos.

Le 10 décembre 1916, départ pour un stage à l'école d’Armée de Blainville (fusil-mitrailleur). J'arrive à onze heures et surprend mes parents.

Je reste quinze jours au stage, avec théorie le matin et tir l’après—midi.

Le 24 décembre 1916, départ pour Azerailles.

J'arrive au château d'Herbéviller le soir de Noël. La compagnie est là depuis le matin.

Le 30 décembre 1916, relève du Régiment pour occuper un secteur plus à gauche. La compagnie couche a Azerailles. Il pleut.

Le 31 décembre 1916, nous sommes à Lunéville, à la caserne du 18ème Chasseurs. Nous arrivons à midi, trempés.

Le 1er janvier 1917, repos. Avec les camarades de la Compagnie, nous changeons de l'ordinaire, en faisant un bon repas à l'Hôtel des Vosges.

Le 2 janvier 1917, départ du bataillon à deux heures du matin.
Il pleut et pas mal de poilus se ressentent de certains excès de la veille.
Nous passons à Croismare et entrons dans la forêt de Parroy.
Nous prenons position devant l'étang de Bossupré.
Nous sommes de réserve et nous relevons un peloton du 24ème Dragons.
Les tranchées sont en fort mauvais état, donc beaucoup de travail, jour et nuit dans les réseaux ou dans les boyaux.

Le 6 janvier 1917, départ pour faire un stage de grenadier à Fraimbois.

Le 7 janvier 1917, Marainviller, Thiébauménil.

Le 8 janvier 1917, je suis à Fraimbois pour quinze jours. J'en profite pour aller de temps en temps à Blainville, à vélo.

Le 22 janvier 1917, je regagne la forêt de Parroy. C R 6
Le 25 janvier 1917, je quitte la section à sept heures pour la Grande Taille, pour faire partie d'une « section franche » constituée d'un officier, d'un sergent et de vingt-trois hommes.

Le 26 janvier 1917, j'arrive à Marainviller.

Le 27 janvier 1917, j’aménage le cantonnement. Pour mon compte je trouve une chambre, et je suis très bien. Le lendemain je vais à Blainville à vélo.
Tous les jours nous faisons l'exercice, des marches, de la course, du saut, etc....

Le 3 février 1917, départ pour le bois à six heures avec pour but: coup de main sur un petit poste.
Nous sommes au poste du Colonel à dix heures. L'après-midi nous faisons une reconnaissance de jour du point indiqué pour l'opération.
A vingt heures, départ pour le camp des Dames.
Nous sommes munis de cagoules blanches pour nous confondre avec la neige.
Nous sortons de nos lignes à la Tuilerie. Nous passons le Sanon sur la glace, à plat-ventre, car la couche n'est pas solide.
Nous découvrons plusieurs petits postes boches abandonnés.
Sur le canal de la Marne-au-Rhin, je suis arrêté avec mon groupe par une sentinelle boche qui se trouve dans la première maison de Parroy.
Nous avons passé presque tous leurs réseaux et nous sommes à près d'un kilomètre de nos lignes.
Nous ramenons que des renseignements sur les passages du Sanon et du canal.

Le 4 février 1917, une permission de 24 heures est accordée par le Général.

Le 5 février 1917, départ de Marainviller pour une "perme" de sept jours.

Le 14 février 1917, je rentre de permission à trois heures. Je repars aussitôt pour la Grande Taille où la section est déjà. Reconnaissance d'un petit poste à C 1.
Nous sortons à vingt heures et nous trouvons une sentinelle boche à vingt mètres de nous. Les fils de fer en treillage nous empêchent de le surprendre.
Nous sommes de retour à cinq heures du matin.

Le 15 février 1917, à quatorze heures, nous allons à R 3 pour prendre des renseignements sur les travailleurs Allemands.
Nous sortons à dix-huit heures trente.
Il y a énormément de barbelés.
Le petit poste et les travailleurs ennemis se replient devant nous car nous faisons trop de bruit en passant les réseaux. Tout est trop mal compris. Nous ne faisons encore rien.

Le 16 février 1917, nous faisons une reconnaissance sur le canal, entre Parroy et Houacourt.
Jusqu'au canal nous ne voyons rien.
Nous passons le Sanon sur des planches.
Je suis avec six hommes sur la berge du canal.
Après dix minutes d'attente, arrivent en face de nous, vingt-cinq travailleurs boches.
Nous nous suivons assez longtemps sans tirer un coup de fusil.
Je ne puis rien faire devant le nombre d'ennemis. Je me replie en rapportant des renseignements intéressants sur les travaux boches.
Nous sommes de retour à quatre heures.

Le 17 février 1917, la section descend à Marainviller à midi.

Le 25 février 1917, reconnaissance d'un nouveau coup de main, avec préparation d'artillerie.
Jusqu'au 5 mars, nous étudions la réalisation de ce coup de main, sur un terrain presque identique, à l'Est de Marainviller.

Le 5 mars 1917, nous prenons des camions à Marainviller.
Nous somes trois "groupes francs" : 346, 356 et 367 et nous avons la 17ème Compagnie du 356 comme soutien.
Nous sommes à la Patte d’0ie à neuf heures.
Nous cantonnons dans des baraquements à la Croix Bastien. Le coup de main se fera aux Evrieux, près de l’0uvrage Blanc. Le bombardement commence à dix heures, pour être intense à midi.
A dix-huit heures les boches lancent une reconnaissance; nos mitrailleuses les repoussent.
0n nous communique que l'artillerie n'a pas réussi complètement les brèches dans les réseaux.
Nous remettons l'affaire au lendemain.
L'artillerie arrête à vingt-trois heures trente.
Les Fritz répondent assez ferme.
Nous allons dans les sapes au P.C. Château.
Un obus tombe près d'une baraque et tue un homme du 367.

Le 7 mars 1917, l'artillerie commence à neuf heures.
Les boches répondent très fort.
Nous nous enfonçons dans les sapes.
A dix-huit heures, le Général Lebocq nous rassemble et nous assure de la réussite de l'entreprise, qui se fera sur le matin.
Jusqu'à minuit nos canons tirent partout, puis tout redevient tranquille.

Le huit mars 1917, vers deux heures du matin, sans bruit, nous nous acheminons vers 6.6, nous passons Goutelaine et nous arrivons devant notre brèche à trois heures.
Tout est préparé, nos réseaux sont coupés, des gradins pour sortir de la tranchée sont installés.
On nous distribue un coup de gnole pour nous donner de l'entrain.
Tout est tranquille, pas un coup de canon: nous sortirons à quatre heures sept minutes...
L'attente est longue pour celui qui sait que dans quelques minutes il sera chez les boches, couteau et grenade en mains.
Nous n'entendons rien dans les tranchées ennemies. Ils n'ont pas l'air de se méfier.
Enfin 4 H 07: nous sortons, toujours sans bruit, et nous prenons notre formation d'assaut devant nos fils de fer.
4 H 09 mn, déclenchement de toutes nos pièces d'artillerie sur le saillant des Evrieux où nous opérons.
4 H 12 mn, la section est à plat-ventre dans les réseaux boches.
A 4 H 14 mn, les canons allongent leur tir pendant que nous sautons dans les tranchées d'en face. Tout est retourné; d'énormes trous d'abus faits par nos torpilles, des arbres arrachés, du bois, le tout pêle-mêle crée un paysage lunaire. On ne reconnaît plus une tranchée.
Nous ne nous attardons pas et nous courrons derrière notre feu roulant jusqu'à la troisième ligne qui est dans le bois.
C'est une gymnastique pas ordinaire dans ce fouillis et vraiment à la limite de notre tir d'artillerie.
La section arrive au point indiqué A.B.1, abris que nous devons explorer et faire sauter au retour. De la fumée sort de la sape et nous nous demandons si un obus ne l'a pas écrasé.
Le Lieutenant, moi et quatre hommes y descendons en criant de toutes nos forces : « HAN DE HORT ! » (Haut les mains !).
Nous trouvons sept boches, plus morts que vifs, qui ne font aucune difficulté pour nous suivre, en criant "NANARAD, POLSKI".
A côté, dans une autre sape, un deuxième groupe a fait cinq prisonniers.
Le retour se fait au milieu des balles et des explosions des grenades que les boches tirent, depuis l'0uvrage Blanc.
Un boche nous échappe en route et plusieurs coups de feu tirés sur lui demeurent inopérants.
Les 356 et 367 ont moins de chance, ils ne ramènent que trois prisonniers.
Nous, nous en avons onze!
Nous n'avons aucune perte.
Le 367 a un tué et plusieurs blessés.
Nous nous retrouvons au P.C. Château où le Général nous félicite.
Nous partons pour la Patte d'Oie où les autos nous chargent pour Marainviller.
En arrivant, nous changeons de cantonnement et nous allons à Croismare.
Le même soir je vais à Blainville et j'emporte ce que j'ai pris dans les tranchées boches: casque, ceinturon, baïonnette, pistolet, lampe électrique, gourde, calot et patte d'épaule du 9ème Grenadiers de la Garde.

Le 9 mars 1917, retour à Croismare le matin.
Nous avons repos complet jusqu'au 25 mars 1917, date à laquelle nous allons à Moncel-lès-Lunéville, avec un groupe franc du 12ème Hussards, pour faire un coup de main.

Nous ne restons qu'une nuit à Moncel.

Le 27 mars 1917, nous partons à Fraimbois où nous avons un terrain ressemblant à celui du Trapèze, lieu où nous allons opérer.
Exercice pendant trois jours avec les Hussards.

Le 30 mars 1917, nous faisons un repas avec les cent quinze francs de prime touchés pour nos prisonniers du huit mars.
Le soir, nous faisons une promenade dans Gerbéviller, promenade indispensable pour remettre à l'endroit l'estomac de pas mal d'entre nous.

Le 31 mars 1917, retour à Croismare.

Le 1er avril 1917, je pars pour une permission de six jours accordée après le coup de main du 8 mars. Je rentre le 10.

Le 11 avril 1917, remise de décoration à Marainviller par le Général Lebocq: Citation à l'ordre du Corps d'Armée.

Le 12 avril 1917, repos.

Le 13 avril 1917, exercice de grenade et charges allongées, pour faire sauter les fils de fer.

Le 14 avril 1917, des autos nous prennent pour nous conduire au bois où nous allons faire un coup de main au Trapèze, et le lendemain aux Evrieux, au même endroit que le dernier.
Nous sommes au camp des Dames à dix heures.
Les Hussards sont déjà là.
Nous reconnaissons le Trapèze après dîner.
L'artillerie tape mais bien moins fort que le 8 mars.
Nous nous couchons et nous avons le réveil à deux heures.

Le 15 avril 1917, à deux heures, réveil, départ aussitôt.
Nous avançons chez les boches comme la dernière fois.
Nous arrivons devant les fils de fer à peine détruits.
Nous traversons le premier réseau, contournons le deuxième mais nous ne pouvons pas passer le dernier.
Les Allemands nous attendent, une vive fusillade nous empêche d'aller plus loin.
La fumée rouge déclenche le tir de barrage. Heureusement qu'ils n'ont presque pas d'artillerie !
Nous revenons dans nos lignes.
Il tombe à peine dix obus dans les parages.
Nous revenons au Camp des Dames et repartons aussitôt pour la Croix Bastien, lieu du deuxième coup de main que nous entreprendrons ce même soir, pendant que les cavaliers recommenceront celui que nous venons de rater.
Nous quittons le cantonnement de la Croix Bastien à vingt-deux heures.
Nous sortons de nos lignes à vingt-trois heures trente et tombons sur le même bec de gaz que la veille: les boches nous attendent avec un groupe spécial, et notre artillerie n'est pas assez importante.
La fusillade nous accueille avant que nous n'atteignions les réseaux ennemis.
De leur côté, les cavaliers ne peuvent faire de prisonniers.
Ils engagent un corps à corps ans les boyaux.
"Nous aimons mieux nous faire tuer que nous rendre", c'est ce qui est répondu à un interprète par un boche qui a le canon de revolver du Français sur la poitrine.
Il réussit à blesser l'interprète avant de rendre l'âme à son Kaiser.

Le 16 avril 1917, nous redescendons à pied à Croismare.

Le 17 avril 1917, à 16 heures, des autos nous prennent et nous remontent au bois pour réaliser des embuscades devant les brèches des réseaux ennemis.
Nous sortons des lignes à vingt et une heures et pendant quatre heures nous restons à la lisière du bois à dix mètres d'un petit poste allemand.
Ils ne sortent pas.
A minuit un autre groupe nous remplace et est accueilli par une fusillade.
Le paysage est illuminé par des fusées en permanence, heureusement qu'il y a beaucoup de trous d'obus !

Le 18 avril 1917, nous revenons au P.C Château pour nous reposer le jour.
Le soir le temps est trop mauvais, nous ne sortons pas.
Les boches, sur leurs gardes, et croyant à de nouvelles embuscades sortent deux patrouilles pour nous cerner.
Vers minuit nous entendons une forte fusillade et l'explosion de grenades.
Aucun groupe Français n'étant sorti, ce sont sûrement deux patrouilles Allemandes qui se tirent dessus, mutuellement!

Le 19 avril 1917, il pleut, nous ne sortons pas.

Le 20 avril 1917, à seize heures, nous recevons l'ordre de rejoindre notre cantonnement à Croismare.

Le 21 avril 1917, nous nettoyons nos effets et nos armes.

Le 22 avril 1917, je vais à Blainville.

Le 23 avril 1917, je suis de retour à sept heures.

Le 24 avril 1917, inspection des pistolets. Le soir Lunéville.

Le 25 avril 1917, marche, la forêt de Mondon, Laronxe, Thiébauménil, Marainviller.
Le soir, exercice de saut.
Nous aménageons un terrain de jeux.
Le 26 avril 1917, jeux de ballon. Saut.

Le 27 avril 1917, repos.

Du 28 avril au 5 mai 1917, nous sommes assez libres.
Mon temps se passe le plus souvent à graver un vase (tiré d'une douille de 75), ou à Blainville.

Le 5 mai 1917, démonstration par le 10ème Génie d'une destruction de réseau par une charge allongée.

Le 6 mai 1917 , à Blainville.

Le 7 mai 1917, retour à pied.

Le 9 mai 1917, nous faisons une marche dans la forêt de Mondon.

Le 10 mai 1917, essais de destruction de fils de fer sur le terrain d'exercices.

Le 11 mai 1917, démonstration par le 10ème Génie d'un nouvel engin pour faire sauter les réseaux à quatre-vingt mètres de distance.

Le 12 mai 1917, exercice avec les Pionniers, le Génie avec des charges allongées.

Le 13 mai 1917, je vais à Blainville.

Le 14 mai 1917, repos.

Le 15 mai 1917, saut sur le terrain d'exercices.

Un aéro Allemand profitant des nuages bas, vient dans l'intention d'incendier la "saucisse” amarrée près de Croismare. Il tire de nombreuses balles incendiaires sans cependant l’abattre

Jusqu'au 23 mai 1917, nous faisons des petites marches, plutôt des promenades, dans le bois. Nous ramenons du muguet.

Le 23 mai 1917, un avion boche tente de nouveau de descendre notre "saucisse". Un des nôtres caché dans les nuages fonce sur lui avant qu'il ait atteint le ballon, et l'abat.
L'avion tombe dans la forêt, à la gare d'eau.
L'aviateur n'est que blessé.
Malheureusement, notre pilote, un sergent, se tue en arrivant sur le terrain de Lunéville: c'était son premier boche abattu, et il était si joyeux qu'il s'est amusé à multiplier les acrobaties et... une aile de son appareil s'est détachée.

Le 24 mai 1917, marche, route de Lunéville, Moncel, Ferme Saint-Georges, tir de Mondon, route de Mississipi, Marainviller, Croismare.

Le 25 mai 1917, repos.

Le 26 mai 1917, préparatifs de départ.

Le Z7 mai 1917, Réveil à trois heures. Départ à quatre heures avec C.H.R.
Nous arrivons à Lunéville, caserne Beauveau. Dislocation du groupe pour le déplacement.
Le 28 mai 1917, réveil à 1 heure 45. Départ à trois heures.
Nous passons à Rehainviller, Mont, Blainville, Damelevières et nous cantonnons à Vigneulles dans des baraquements.

Le 29 mai 1917, réveil à 3 heures 45. Départ à cinq heures.
Nous passons à Saffais, Velle et Crévechamps, lieu de cantonnement.

Le 30 mai 1917, repos. Reformation du groupe franc.
Nous prenons à Neuviller, les éclaireurs du 6ème Bataillon.
Nous arrivons à Bayon à 19 heures.
Nous y cantonnons, route de Lunéville.

Le 31 mai 1917, réveil à 4 heures 15. Départ à cinq heures pour le camp de Saffais.
Nous passons à Lorey, Saint-Mard.
Prise d'armes pour remise de décorations.
Nous rentrons à onze heures.
Le soir, repos.

Le 1 er juin 1917, réveil à quatre heures. Marche avec la 17ème Compagnie.
Terrain de Saffais, étude de la jumelle à prismes.
Nous rencontrons le Général de Castelnau à Larey.
Le soir, je suis de service à la retraite aux flambeaux.

Le 2 juin 1917, réveil à 3 heures 20, nous allons au camp.
Etude de terrain, formation des vagues d'assaut.
Le 3 juin 1917, réveil à 3 heures, description et usage de la jumelle.
Le soir j'obtiens une perme de vingt-quatre heures pour Blainville.
Le 5 juin 1917, réveil à 4 heures. Ne marche pas.

Le 6 juin 1917, lever à quatre heures. Exercice d'assaut et patrouille.

Le 7 juin 1917, étude de la boussole.

Le 8 juin 1917, permission de vingt-quatre heures pour Nancy.

Le 9 juin 1917, départ à quatre heures. Attaque du Régiment.

Le 10 juin 1917, réveil à deux heures. Attaque de la Division.
Nous rentrons à trois heures de l’après-midi.

Le 11 juin 1917, exercice au camp.

Le 12 juin 1917, Blainville.

Le 13 juin 1917, manœuvre au Régiment.

Le 14 juin 1917, vagues d'assaut, liaison.
Départ pour une permission de neuf jours.

La presse de l'époque en parle

Dans son journal de marche, le soldat Husson mentionne sa décoration à la date du 11 avril 1917. Nous avons retrouvé l'Est Républicain, daté du 23 avril, qui signale ce fait (seconde page, deuxième colonne en partant de la droite, sous-titre "Blainville", légèrement au-dessus de la publicité pour le savon "Sunlight"); nous ne tiendront pas rigueur au rédacteur qui enjolive un peu la réalité, en parlant de 18 prisonniers, alors que le soldat Husson n'en mentionne que 11 (nous ne savons d'ailleurs pas s'il s'agit de propagande de la part du journaliste, ou de la part du général).

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